avr
17
2010

by Ariane et Vincent

Y’a d’la joie à Prey Veng

« Vous êtes arrivés à Phnom Penh ? Pas de problème, je viens vous chercher demain matin à 8 heures!

- Mais, c’est à 3 heures de route de chez vous!

- Oui oui, je partirai à 5 heures… »

IMG_2765Le docteur Tim Kosal, comme beaucoup de Cambodgiens et nous comprendrons vite pourquoi, se lève de bonne heure. Nous ne l’avons pas contacté pour des raisons médicales (précisons à ce sujet que le genou va bien !) mais pour nous faire découvrir son village et l’hôpital qu’il dirige à Prey Veng, grâce à quelques contacts en France*. Fraichement débarqués à Phnom Penh, au Cambodge, le 2 Avril, nous voilà partis le 3 au matin dans le spacieux 4×4 du docteur.

Dans sa maison de Phnom Penh, il héberge sa première fille, étudiante en philosophie ainsi que des cousins tous étudiants. Après une cousine, nous passons chercher la deuxième fille du docteur, étudiante en gynécologie et tout ce petit monde part à Prey Veng. Tim Kosal, 56 ans, parle très bien le français et l’anglais, tout comme ses enfants, ce qui facilite bien entendu la communication. Ses études de médecine et de chirurgie s’achèvent au milieu des années 70, alors que le pays traverse une période difficile de son histoire, et il effectuera sa dernière année d’études au Vietnam. Après avoir exercé à Phnom Penh, il décide de revenir dans son village natal, Prey Veng, et d’y monter un hôpital, dans cette province rurale regroupant 1 million d’habitants. S’il existe des centres médicaux, cet hôpital, d’une centaine de lits, est le seul de la province : une quinzaine de médecins, toutes spécialités confondues, y exercent.

A Prey Veng, tout le rez-de-chaussée du domicile du docteur Kosal est destiné aux consultations médicales qu’il effectue en dehors de ses horaires à l’hôpital, soit le matin avant 7 heures et le soir après 18 heures. Quelques chambres avec lit permettent aussi aux malades qui viennent de loin ou qui ne sont pas en état de rentrer chez eux de passer quelques nuits sur place. Une nouvelle salle d’attente est en construction dans son jardin pour subvenir aux besoins.

IMG_2767L’hôpital de Prey Veng

« L’hôpital est public et reçoit des fonds gouvernementaux, insuffisants bien entendu (25$/lit/jour), nous explique le docteur. Pour diriger cet hôpital, je suis payé 120$ par mois. L’ALICA [une association] nous vient en aide pour la construction de nouveaux bâtiments et nous donne du matériel. Mais pour avoir ma maison, ma voiture, je possède des rizières et je donne des consultations dans mon cabinet, 2$ la consultation.

- (silence de stupéfaction) Mais combien sont payés les docteurs de l’hôpital?

- 80$, autant qu’un bon commerçant.

- Et comment entretenez-vous les rizières ?

- J’ai 30 hectares de plantations de riz où je fais travailler 20 paysans à 50$.

- Nous avons lu qu’environ 50% des médicaments vendus au Cambodge sont des contrefaçons, comment vous approvisionnez-vous ?

- Nous passons par une entreprise d’importation de médicaments de l’étranger, et nous recevons des dons.»

Nous avons la chance de visiter l’hôpital qui dispose des services essentiels : maternité, salle de chirurgie, médecine générale, traitements des malades du SIDA (en 2007, 0,8% de la population est séropositive), un laboratoire d’analyses, une pharmacie, etc. Grâce à l’Alica, une cantine est en construction pour les familles des malades qui bien souvent campent dans la cour. Deux semaines par an, des médecins de l’association font le voyage jusqu’à Prey Veng pour dispenser des soins mais aussi des formations au personnel en place.

Cet hôpital est un salut pour de nombreux habitants de la province. Nous souhaitons donc au docteur Kosal et à ses équipes beaucoup de courage ainsi qu’une amélioration de leurs conditions de travail au plus vite. Et surtout, un grand merci a Tim Kosal pour son temps et ses explications. Quelle implication dans son travail de médecin, sans relâche et dans des conditions pas toujours faciles!

IMG_2689L’orphelinat

Le docteur nous présente au personnel de l’orphelinat public de Prey Veng. Il n’y travaille pas mais connaît bien l’endroit. Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre en pénétrant dans l’enceinte de le ce lieu pour « sans-famille » : des enfants pauvres, malades, tristes, en sous-nutrition ?

Pas du tout ! Ce qui marque le plus en arrivant (nous n’avons pas prévenu de notre visite), ce sont les « Bonjour Mademoiselle, Bonjour Monsieur », en français, qui nous accueillent gaiment et si poliment de tous côtés. Nous rendrons visite à l’orphelinat chaque jour de notre séjour, discuter avec le personnel, jouer avec les enfants mais aussi discuter avec eux, leur apprendre des chansons etc.

Nous arrivons en pleine période de vacances, en prévision du nouvel an Khmer (14-16 avril) et certains sont rentrés dans leurs familles. C’est en fait la deuxième surprise : de nombreux enfants ne sont pas seuls et ont une famille ou au moins un parent avec lesquels ils ont encore des liens, même si ceux-ci ne peuvent pas les assumer financièrement ou pour d’autres raisons.

Le première et grande surprise donc, c’est la joie de vivre et les conditions d’accueil dans l’orphelinat : les enfants sont en excellente santé, y compris les 3 handicapés, sont visiblement très bien nourris (nous avons d’ailleurs partagé un de leurs repas). Le jardin est grand et offre un grand espace de jeu. Une cantine, une bibliothèque, une salle de cours, un kiosque, des jeux d’extérieur sont disposés dans le parc. Les chambres sont partagées et les lits sont durs mais les conditions nous paraissent globalement excellentes. Les infrastructures sont marquées : dons de l’Aspeca, dons d’Alica, dons du Rotary etc. Des télévisions avec chaines internationales sont également à disposition des jeunes. Le personnel est adorable et on comprend bien pourquoi les 4 employées principales sont appelées les « mamans » ! Hors période de vacances, les pensionnaires, âgés d’environ 5 à 20 ans fréquentent l’école du village une demi-journée par jour (école alternée par manque de professeurs). Une professeur de français à la retraite, Ros Kân, assure les cours de français sur place le matin et le soir à 5 heures.

IMG_2837Parmi les adultes, c’est avec Ros Kân que nous discutons principalement. Ros Kân a perdu son mari, son frère, mais aussi des cousins, tous décimés par le régime de Pol Pot (1975-79). Pendant ce temps, forcée de quitter son emploi, elle creusait des trous dans les champs car il fallait « revenir à la terre » et bannir les intellectuels. Professeur de français à l’école de Prey Veng, à la retraite, elle exerce désormais à l’orphelinat où elle passe une partie de son temps avec les enfants. Dans tous les cas, nous sommes épatés par leur niveau de français, excellent travail Mme Kân !

Soum Viteth, 10 ans, est un peu notre chouchou… Il faut dire qu’avec son regard d’ange, sa politesse timide et son français, dur de résister. Et quand il se met à nous chanter « on pagaie on pagaie », alors là on rigole et on craque quand il nous ramène de la canne à sucre à grignoter pour le gouter!

Dans la joyeuse bande, il y a aussi Sokny, une charmante jeune fille de 17 ans, aussi à l’aise en français qu’en anglais. Elle voudrait devenir docteur, et ces langues sont d’ailleurs obligatoires pour qui veut apprendre la médecine au Cambodge. Avec Soum Viteth et d’autres gamins (dont malheureusement nous n’avons pas noté les prénoms), nous apprenons quelques mots en khmer et leur montrons sur une carte notre voyage. Au passage, il nous semble que la plupart d’entre eux n’ont jamais vu une carte, c’est pourquoi nous apportons quelques photos pour concrétiser les choses à notre visite suivante. Sokny nous apprendra plus tard que les cours de géographie sont inexistants.

IMG_2726Le temps passe vite à Prey Veng entre les jeux, les chants, les discussions, mais aussi quelques balades dans le village propices aux rencontres avec des boulistes aguerris, notamment sur le boulodrome de la cour du « département du travail et de la formation » (!). Il ne manquerait plus que le Pastis pour parfaire cette atmosphère paisible de petit village chaleureux, aux habitants si accueillants…Dans tous les cas cette visite à l’orphelinat fut pour nous une véritable bouffée de fraîcheur et nous remercions les enfants et le personnel pour les bons moments partagés.

Petite réflexion sur l’aide à apporter

Comme indiqué ci-dessus, nous avons passé d’excellents moments avec les enfants de l’orphelinat et pour tout dire, la seule idée de les quitter est déchirante, mais pourquoi rester plus longtemps alors qu’ils sont entre de bonnes mains? « L’humanitaire » n’est pas chose facile. Sur place nous nous rendons bien compte que, si nous avons passé d’excellents moments avec toute la compagnie, adultes et enfants, nous n’apportons rien ou très peu (nous n’avions d’ailleurs pas d’ambitions à ce sujet), juste quelques moments de jeux privilégiés pendant les vacances et sans doute un joyeux changement dans leur quotidien. Cette courte expérience nous rappelle que l’humanitaire est avant tout une affaire de professionnels. Ces jeunes ont surtout besoin de manger à leur faim, d’être en bonne santé (ce qui est pris en charge parfaitement), d’aller à l’école où exercent des professeurs compétents et en nombre suffisant, puis surtout d’obtenir une formation et enfin un emploi. L’ASPECA (« Enfants d’Asie ») organise des parrainages et si nous avons bien compris, des 69 enfants du centre, seuls 5 sont en manque de parrainage. L’association envoie également des professeurs de français pour des missions longues. Il faudrait contacter l’association pour plus de renseignements, nous ne l’avons pas fait à ce jour. Si vous êtes intéressés, voici le site de l’association : http://www.enfantsdasie.com/, l’orphelinat visité étant celui de Prey Veng, au sud-est de Phnom Penh.

La remarque sur la professionnalisation s’applique d’autant plus à l’hôpital : à moins d’être médecin (ou du corps médical), ou en possession de stocks de médicaments suffisants, on voit mal comment donner un coup de main. L’argent et les dons matériels sont insuffisants s’ils ne sont pas accompagnés d’une formation ou d’une action concrète, personnelle ou par l’intermédiaire d’une association. Un exemple tout bête : les atlas de la bibliothèque. Un très beau cadeau qui peut servir mais, faute de connaissances en géographie, personne ne les utilise. De même pour les jeux de société en français (si nous avons insisté sur le français, certains parlent surtout l’anglais), les jeux ne seront pas utilisés si les enfants ne connaissent pas les règles.

Alors que nous écrivons cet article (le 15 avril 2010), nous tombons par hasard sur la Une du Cambodge Soir, un hebdomadaire francophone d’informations locales, avec son titre choc daté du 11 mars (numéro 124) : « Faut-il fermer les orphelinats? ». L’argumentaire de l’article est le suivant : puisque seul un quart des enfants hébergés dans les orphelinats auraient réellement perdu leurs deux parents, ne vaudrait-il pas mieux lutter contre les abandons et aider les familles à financer la scolarité de leurs enfants plutôt que de financer des structures indépendantes de la famille à cet effet ? La question est posée, entre débat de fond et nécessité de trouver des solutions pour les gamins qui doivent travailler ou ne peuvent aller à l’école. Ces gamins qui travaillent ou mendient, nous en rencontrons quotidiennement au Cambodge, surtout aux abords des sites touristiques. Pour ces derniers, mieux vaut habiter à l’orphelinat. Bref, le débat est ouvert…

*un grand merci à la cousine Geneviève et à Guylaine Froissart de l’association Alica (Amitiés Limoges Cambodge)

Ci-dessous, les photos; notez que ce sont les enfants qui ont insisté pour que nous les prenions en photo!

Written by Ariane et Vincent in: 5-Cambodge |

4 commentaires »

  • MARIE CLAUDE dit :

    haaaa! on sent que le morale va mieux!
    cela fait plaisir de vous sentir à nouveauuuu BIEN!
    Ariane plus ça va plus tu es bronzé!
    c’est vrais que sur les photos ils ont tous une bonne mine.
    a bientot!

  • Tonton Pierre dit :

    Grosses bises à tous deux et bonne continuation.
    Nous, nous ne partons ce matin qu’à St G.de Didonne, et nous ne savons pas si le moteur de la Xtia est sensible aux poussières de volcan!
    Pierre et Marcelle

  • Manu dit :

    What a great opportunity! And it is lovely that you could relax and enjoy. I am a bit jealous to see how warm it is ;-) . Masse hilsen fra Bergen (it is snowing right now).

  • patricia muller dit :

    Quel régal que de voir Ariane aussi à l’aise en compagnie de tous ces enfants. Merveilleux sourires et bonne ambiance au rendez-vous! bonne continuation patricia

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